Beyond the borders : Korea Now

BEYOND THE BORDERS : KOREA NOW

UNE EXPOSITION NOMADE RÉUNISSANT 15 ARTISTES DE LA SCÈNE CONTEMPORAINE CORÉENNE
Commissaire : Woo Jong Taek

Entre 2015 et 2017, cette exposition itinérante bénéficie de l’appui financier du Ministère Coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme dans la perspective de faire rayonner l’art coréen à l’étranger.

Ce texte a été rédigé à l’invitation de Monsieur Woo Jong Taek, commissaire d’exposition.

CORÉANITÉ

We become one with nature in a spiritual space 1

Exposés dans les hauts lieux de l’art contemporain asiatique (Busan, Daegu, Pékin, Séoul, Taïwan, Tokyo) et parfois occidentaux (New York, Paris), les artistes invités dans cette exposition sont unanimement reconnus comme étant des figures majeures de l’art contemporain coréen à l’échelle régionale. Enseignant pour la plupart d’entre eux au sein de prestigieuses universités coréennes, ils sont “l’âme” et les “yeux” sensibles de ce pays encore meurtri par son histoire récente, qui renaît de ses cendres plus vigoureusement que le dragon. Péninsule isolée, étouffée par ses voisins, la Corée a subi successivement l’impérialisme chinois, la colonisation japonaise, la Seconde Guerre mondiale, les gouvernances soviétique et américaine menant à un conflit idéologique et à une guerre civile dévastatrice, puis la dictature, jusqu’à aujourd’hui où le modèle économique ultra-libéral à l’américaine va de pair avec une vision de la démocratie contestée (et contestable). Depuis peu ce pays fascinant rejoint ses anciens occupants et est clairement identifié comme puissance autonome de l’Asie du Nord-Est.

Les artistes réagissent à cette histoire tourmentée en questionnant cette notion encore fragile d’identité coréenne. Il s’agit de revenir aux sources de leur coréanité, cet “état d’esprit” coréen diffus, nécessairement polysémique voire conflictuel, en ce que la Corée est tout à la fois la Corée du sud, la Corée du Nord et “répandue à travers le monde, une vigoureuse diaspora coréenne”2. Cet ineffable sentiment mélancolique, parfois appelé le sentiment du han, mêlant la fierté à l’amertume et aux douleurs du passé, cette conscience ontologique se trouve au coeur des préoccupations des artistes réunis dans cette exposition.

Loin de vouloir réduire la création contemporaine coréenne à quelques substantifs, dans une nation empreinte de philosophie confucianiste qui prône dans tous les aspects de la vie la supériorité de la collectivité sur l’individu, il semble que l’on puisse dessiner quelques grandes lignes directrices permettant de mieux cerner l’esprit de l’art coréen. Synthétisant tout à la fois les recherches de l’Art Informel européen d’après-guerre et de l’Expressionnisme abstrait américain avec les arts traditionnels shamaniques, bouddhiques et confucéens, la spiritualité est omniprésente, elle s’exprime dans l’énergie créative d’un geste aussi décisif que l’oeuvre aboutie, tel un rituel religieux menant à la quintessence de toute chose. Ainsi les plasticiens présentés dans cette exposition sont-ils les dignes représentants d’une pensée asiatique qui ne craint pas la globalisation culturelle; qu’il s’agisse de peinture, de photographie, de sculpture ou d’installation, les oeuvres, en apparence simples, épurées à l’extrême, sont en réalité d’une grande richesse suggestive. C’est là la force du temps arrêté, du temps de la réflexion et de cette fascination séculaire pour la beauté du vide. En effet dans l’art coréen, simplicité ne rime pas avec pauvreté mais avec synthétisation voire transcendance du réel, l’acte de création en soi incarnant la liberté d’esprit.

Alors que nous traversons, à une échelle mondiale, une crise environnementale et écologique sans précédent, il est tout à fait remarquable de considérer l’acuité de la pensée asiatique et plus spécifiquement de l’esthétique coréenne, qui puise ses sources dans l’observation patiente et minutieuse des formes issues de la nature, dans une démarche toujours empreinte de respect et de déférence à l’égard de toute entité vivante. Avec cette modestie et cette pudeur si caractéristiques du tempérament coréen, les artistes avancent à pas feutrés, à la recherche de cette “coréanité ” si difficile à saisir et ô combien précaire, un pied dans la post-post-modernité fulgurante d’un pays en constante mutation, l’autre pied solidement ancré dans le sol fertile des traditions ancestrales, dont les thèmes, redéployés indéfiniment, nous rappellent cette maxime du cinéaste français René Clément : “L’art contemporain, c’est l’art du moment, mais l’art tout court met du temps à se justifier”.

Anne-Cécile Guitard, Commissaire d’exposition adjointe.

1. Il Lee, cité par Pr Kim Youngna in Modern and Contemporary Art in Korea, Korean Culture Series 1, Hollym International, 2005, p. 50

2. CHARANG ET RENAISSANCE : LA LONGUE MODERNITÉ DU MONDE CORÉEN, Alain Delissen pour le Comité Colbert

Artistes

invités
Kwak Hoon, Kim Tai Ho, Koo Bohn Chang, Seo Se ok, Shim Moon Seup, Woo Jong Taek, Lee Kang So, Lee Cheol Joo, Chung Hyun, Cho Hwan, Cha Ki Youl, Kim Ho Deuk, Yoo Geun Taek, Joongho Yum, Song Soo Ryun